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ABCdaire

Pour ce deuxième ABCdaire, n’ayant pas de B dans notre dictionnaire, nous allons aborder la longue série des C, qui nous tiendra pendant plusieurs numéros.

Nous commencerons avec deux symboles forts de la vie d’un compagnon : sa canne et sa couleur.

Historiquement constituée d’un fût de jonc de longueur variable, d’un embout ferré et d’un pommeau, orné du nom de son propriétaire et de l’emblème de son corps de métier, la canne du compagnon lui est remise lors de la cérémonie de réception. Elle lui reconnaît le voyage parcouru et lui attribue le statut de compagnon à part entière.

Son origine reste mystérieuse, remontant aux mythes qui fondent le compagnonnage, en particulier à la création du temple de Jérusalem et aux trois fondateurs légendaires du compagnonnage : le roi Salomon, le père Soubise et Maître Jacques.

La légende raconte en particulier que la matière utilisée : le jonc, est liée au fait qu’on en retrouva un fragment sur le corps de maître Jacques à sa mort. Aujourd’hui, avec l’embargo sur le jonc, les cannes ont changé de matière, mais nous y reviendrons dans un article consacré à la question.

Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’elle un des attributs principaux du compagnonnage. Elle est à la fois accessoire de cérémonie et signe de reconnaissance pour les autres compagnons, mais avant tout symbole de savoir.

Il est à noter qu’avant de devenir un objet purement symbolique dans le compagnonnage moderne, elle a longtemps eu des fonctions utilitaires : soutien à la marche, bien sûr, mais aussi arme de poing lors des nombreuses rixes entre organisations rivales. Il reste quelques traces de cette époque révolue, en particulier la manière de tenir sa canne : « Étendre la main sur le pommeau, c’est un signe de paix et de force, le tenir en bas signifie guerre et mort, … ».

Il faut distinguer la Canne du Compagnon de la canne d’Aspirant, petit modèle de canne apparu dans les années 40 lors de la refonte de certains rituels au sein de l’AOCDTF.

Aujourd’hui, la canne d’aspirant, remise lors de l’adoption, est évolutive pour devenir la canne de compagnon par la suite, permettant ainsi de garder le symbole du départ sur le tour de France jusqu’à la fin. Elle est toujours de la même taille et de la même forme. D’environ 1 mètre 20 au départ, elle est rallongée pour atteindre le cœur une fois reçu Compagnon, elle est fabriquée en hêtre.

Elle peut être vernie, mais rarement décorée, rappelant ainsi l’humilité dont fait preuve un aspirant au cours de son voyage et de sa progression dans le métier. Elle est percée au pommeau et munie d’une petite cordelette à pompons attachée d’une manière précise, qui suit les couleurs de son corps de métier. Une fois reçu compagnon, cette cordelette est remplacée par une autre selon le corps de métier.

Elle suit l’aspirant dans son évolution jusqu’à la cérémonie de réception.

Simple ruban de velours au premier abord, la couleur porte néanmoins une haute valeur symbolique. Bleue pour les métiers du bois, rouge pour les métiers utilisant le feu, blanche pour ceux liés au minéral, verte pour les compagnons maniant le cuir ou jaune pour les métiers de bouche, elle permet à chacun de revendiquer son corps de métier et d’afficher sa fierté d’en faire partie.

Elle porte aussi de nombreux symboles révélant les expériences de son propriétaire. Ils sont gravés à chaud sur la couleur, et récapitulent le parcours du compagnon, de son adoption marquant le début de son tour de France à sa réception, et jusqu’à sa reconnaissance de compagnon fini.

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