Première partie : la naissance de la prévôté de Rouen 1975 / 1982
En 1975, les Compagnons du Devoir décident de s’implanter en Normandie. Un point de passage pour quelques itinérants, se situant rue du Bras de Fer à Rouen, près de la Cathédrale, est loué par l’Association Ouvrière Des Compagnons du Devoir. Une petite équipe de jeunes itinérants couvreurs et tailleurs de pierre vont travailler dans deux entreprises de la région, LANFRY pour les tailleurs de pierre et COLLIN et CHAPON pour les couvreurs.
En 1976, un premier contact est pris, avec le concours des deux entreprises où travaillent les coteries, par le compagnon Adrien Morandeau alors Conseiller au Tour De France, avec la mairie de Mont-Saint-Aignan.

C’est au cours de cette même année 1976 que sera signé un premier bail emphytéotique de 40 ans pour cette ferme délabrée, appartenant à la ville de Mont Saint Aignan. Cette construction est baptisée Ferme HENRY, du nom du dernier fermier ayant occupé ce bâtiment.
C’est au compagnon Michel Huppenoire, compagnon maçon, nouvellement élu Provincial de Paris en 1975, que revient la charge de prendre ce dossier en main. Le 6 mars et le 2 octobre 1976, il se rend en Normandie pour visiter ce bâtiment vétuste dans le but de se rendre compte de l’ampleur du travail à réaliser pour restaurer cette ferme délabrée et en faire une prévôté digne d’accueillir de jeunes itinérants.


Le 25 mars 1977 une réunion est organisée sur place avec les compagnons Huppenoire et Morandeau, ainsi que M. Claude Perron, architecte D.P.L.G. Ce dernier est missionné par le compagnon Michel Huppenoire pour établir un dossier complet de rénovation de ce bâtiment comprenant un rez-de-chaussée, un 1er étage et des combles.


Afin d’en faire un bâtiment devant servir d’hébergement et de restauration, la distribution des trois niveaux se répartit comme suit :
Au rez-de-chaussée : une cuisine, une salle à manger, une réserve, deux cages d’escalier à chaque extrémité et après la salle à manger, une suite de chambres, dont une est réservée pour un bureau et un bloc sanitaire.
Au 1er étage, la répartition de ce niveau sera faite de chambres à deux et trois lits et un bloc sanitaire en nombre suffisant suivant les règlements en vigueur.
Au second étage, ce sera la même répartition mais en tenant compte des lucarnes existantes et d’autres à créer. C’est là que prendront place les premières salles de cours, en attendant la construction du bâtiment formation.
Il est précisé à l’architecte qu’il n’est pas question de démolir le bâtiment pour le reconstruire à l’identique (sauf la partie centrale qui sera reprise entièrement en pan de bois) mais de le restaurer afin de respecter l’architecture normande.


La mission pouvait paraître compliquée, aussi il fut décidé de construire une ossature en béton armé à l’intérieur sur laquelle les façades en briques aller venir s’accrocher. Il était bien évident, à la vue des premières expertises, que la charpente était entièrement à refaire, tout comme la couverture en ardoise.

Plusieurs rencontres entre le compagnon Huppenoire et M. Perron ont lieu à Paris pour avancer sur le projet. Le 17 décembre 1977, la réunion de finalisation a lieu sur place. Sont présents à cette rencontre, en plus de l’architecte, M. Perron, des Compagnons Huppenoire et Morandeau, une équipe de compagnons sédentaires de la Province de Paris, constituée par le C. Huppenoire. On compte ainsi, représentants les métiers du bâtiment de L’A.O.C.D :
Pour les maçons, les compagnons Henri Fourés et Michel Huppenoire.
Pour les tailleurs de pierre, le compagnon Emile Perrache
Pour les charpentiers, les compagnons Gilbert Ravaz et Jean-Michel Opron
Pour les couvreurs, les compagnons Alain Collin et Antoine Chapon
Pour les menuisiers, les compagnons Jean-Michel Gabriel et Julien Corbière
Pour les plâtriers, les compagnons Bruno Ronde et Bertrand Leborgne
Pour les plombiers, les compagnons Jacques Castre et Robert Roméro
Pour les serruriers-métalliers, les compagnons Éric Descombes et André Jonchère
Tous ces compagnons avaient pour mission d’établir les dossiers techniques et financiers de leurs corps d’états respectifs.
Au début de l’année 1979, le compagnon Huppenoire choisit deux B.E.T, le premier pour avoir les plans en béton armé, coffrages et armatures, en la personne de M. Philippe, ingénieur B.A avec lequel il travaillait à Paris et le second bureau d’étude en la personne de M. Pouilley, ingénieur en électricité pour avoir un dossier en conformité.
En ce même début d’année, le permis de construire est déposé à la mairie de Mont Saint Aignan et est obtenu au mois d’avril 1979. En accord avec le conseil du compagnonnage, le financement sera assuré par l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir.
Début août 1979, le compagnon Gilbert Parnaud est nommé prévôt de cette maison des Compagnons du Devoir en Normandie. Il a en charge de diriger les travaux du siège mais aussi celle de faire connaître le Compagnonnage.
Pour commencer les travaux, une camionnette 504 Peugeot, obtenue par l’intermédiaire de la taxe d’apprentissage, rend de grands services, il est vrai qu’à l’époque le chantier est commencé avec de faibles moyens matériels mais avec une grande détermination.


Les travaux commencent par la réalisation des fondations des poteaux implantés de chaque côté des façades. Ils ont pour but de recevoir les poutres et le plancher haut rez-de-chaussée. Ces travaux en béton armé permettent de raccrocher les deux façades en brique fragilisées par leur vétusté. Ces façades seront restaurées par la suite grâce à des actions de formation continue.
Une fois par mois, le samedi, une réunion de chantier, organisée sur place par le compagnon Huppenoire, avec la présence au minimum d’un compagnon sédentaire des métiers intervenants sur le chantier, est prévue pour coordonner les actions au niveau des commandes et préparer l’intervention des différents corps d’états.

Au printemps 1980, le plancher haut du 1er étage est terminé. Les travaux auront duré un an pour réaliser l’ossature en béton armé. Le second étage, à savoir les combles aménageables, revient aux charpentiers. Pour la réalisation de la charpente, un atelier est installé pour le taillage de la charpente et d’un escalier.


Leur intervention, après les travaux d’épure, de rembarrage et de taillage, consiste à lever la charpente par une équipe de jeunes charpentiers, y compris les douze lucarnes, six par versants.

Au mois de juillet 1980 commencent les travaux de couverture. Une jeune équipe de couvreurs, sous la direction des compagnons Colin et Chapon, entreprennent la pose des ardoises ainsi que les travaux de zinguerie.


Pour les deux escaliers, un sera réalisé en bois par les compagnons charpentiers, l’autre sur voûte sarrasine habillé de marches en pierre réalisé par le compagnon Orain et un ouvrier plâtrier maîtrisant cette technique. La rampe est réalisée par un compagnon serrurier-métallier.



A partir du mois d’octobre 1980, l’implantation des différentes cloisons débute. Les cloisons des chambres sont réalisées en carreaux de plâtre de 7 cm d’épaisseur pour permettre le passage des gaines électriques. Deux jeunes plâtriers réalisent les cloisons ainsi que les enduits au plâtre des plafonds du RDC et 1er étage. Pour les blocs sanitaires, les cloisons sont montées en briques creuses et reçoivent un enduit de chaux hydraulique et la pose de faïence dans les douches et WC.
Pour les menuiseries, l’architecte souhaite utiliser du chêne pour celles extérieures et du châtaignier pour celles se trouvant à l’intérieur. Il a été décidé de les faire réaliser à la maison de St Etienne qui dispose, à l’époque, d’un atelier flambant neuf et d’un compagnon menuisier disponible pour les exécuter.


Le moment venu, une jeune équipe de plombiers, sous la direction du Compagnon Castre, va commencer les travaux de plomberie et de chauffage. La chaufferie, située dans un local réhabilité, l’ancienne porcherie, sera un gros travail à réaliser.
Au début du printemps 1981, les premiers itinérants prennent possession de cette ferme réhabilitée, dans des conditions encore précaires, avec du mobilier récupéré dans plusieurs prévôtés, générosité et fraternité vont ensemble.

Le 30 avril 1981, le Compagnon Parnaud termine sa mission de prévôt mais surtout de responsable du chantier, chantier de restauration de la ferme HENRY qu’il a mené dans des conditions difficiles et surtout avec peu de moyens, afin de lui donner une seconde vie.
Arrivé à la suite du compagnon Parnaud, le compagnon François Masnière sera en plus de sa mission de prévôt, responsable de la fin du chantier pour terminer toutes les finitions de ce bâtiment d’hébergement pouvant accueillir 80 jeunes itinérants. A cette époque, le bureau du prévôt se trouve dans une chambre du RDC et dans les combles se situent les salles de cours.
Ce bâtiment sera inauguré le 20 juin 1983 en présence des élus de la région, du département et des villes de Rouen et Mont Saint Aignan.
Fin de l’épisode 1
Episode 2 prochainement disponible.











